samedi 28 novembre 2009

Dessin de Vuillemin publié en 4è de couverture dans le Siné Hebdo du 25 novembre 2009…


lundi 23 novembre 2009

Lettre du père Charles de Foucauld à René Bazin de l'Académie Française du 29 juillet 1916 ...

"Ma pensée est que si, petit à petit, doucement, les musulmans de notre empire colonial du nord de l'Afrique ne se convertissent pas, il se produira un mouvement nationaliste analogue à celui de la Turquie : une élite intellectuelle se formera dans les grandes villes, instruite à la française, sans avoir l'esprit ni le cœur français, élite qui aura perdu toute foi islamique, mais qui en gardera l'étiquette pour pouvoir par elle influencer les masses ; d'autre part, la masse des nomades et des campagnards restera ignorante, éloignée de nous, fermement mahométane, portée à la haine et au mépris des Français par sa religion, par ses marabouts, par les contacts qu'elle a avec les Français (représentants de l'autorité, colons, commerçants), contacts qui trop souvent ne sont pas propres à nous faire aimer d'elle.

Le sentiment national ou barbaresque s'exaltera dans l'élite instruite : quand elle en trouvera l'occasion, par exemple lors de difficultés de la France au dedans ou au dehors, elle se servira de l'islam comme d'un levier pour sou-lever la masse ignorante, et cherchera à créer un empire africain musulman indépendant.
L'empire Nord-Ouest-Africain de la France, Algérie, Maroc, Tunisie, Afrique occidentale française, etc., a 30 millions d'habitants ; il en aura, grâce à la paix, le double dans cinquante ans. Il sera alors en plein progrès matériel, riche, sillonné de chemins de fer, peuplé d'habitants rompus au maniement de nos armes, dont l'élite aura reçu l'instruction dans nos écoles. Si nous n'avons pas su faire des Français de ces peuples, ils nous chasseront.
Le seul moyen qu'ils deviennent Français est qu'ils deviennent chrétiens. Il ne s'agit pas de les convertir en un jour ni par force mais tendrement, discrètement, par persuasion, bon exemple, bonne éducation, instruction, grâce à une prise de contact étroite et affectueuse, œuvre surtout de laïcs français qui peuvent être bien plus nombreux que les prêtres et prendre un contact plus intime.

Des musulmans peuvent-ils être vraiment français ?
Exceptionnellement, oui.
D'une manière générale, non.
Plusieurs dogmes fondamentaux musulmans s'y opposent ; avec certains il y a des accommodements ; avec l'un, celui du Medhi, il n'y en a pas : tout musulman, (je ne parle pas des
libres-penseurs qui ont perdu la foi), croit qu'à l'approche du jugement dernier le Medhi surviendra, déclarera la guerre sainte, et établira l'islam par toute la terre, après avoir exterminé ou subjugué tous les non musulmans. Dans cette foi, le musulman regarde l'islam comme sa vraie patrie et les peuples non musulmans comme destinés à être tôt ou tard subjugués par lui musulman ou ses descendants ; s'il est soumis à une nation non musulmane, c'est une épreuve passagère ; sa foi l'assure qu'il en sortira et triomphera à son tour de ceux auxquels il est maintenant assujetti ; la sagesse l'engage à subir avec calme son épreuve ; "l'oiseau pris au piège qui se débat perd ses plumes et se casse les ailes ; s'il se tient tranquille, il se trouve intact le jour de la libération", disent-ils ; ils peuvent préférer telle nation à une autre, aimer mieux être soumis aux Français qu'aux Allemands, parce qu'ils savent les premiers plus doux ; ils peuvent être attachés à tel ou tel Français, comme on est attaché à un ami étranger ; ils peuvent se battre avec un grand courage pour la France, par sentiment d'honneur, caractère
guerrier, esprit de corps, fidélité à la parole, comme les militaires de fortune des XVIe et XVIIe siècles mais, d'une façon générale, sauf exception, tant qu'ils seront musulmans, ils ne seront pas Français, ils attendront plus ou moins patiemment le jour du Medhi, en lequel ils soumettront la France.

De là vient que nos Algériens musulmans sont si peu empressés à demander la nationalité française : comment demander à faire partie d'un peuple étranger qu'on sait devoir être infailliblement vaincu et subjugué par le peuple auquel on appartient soi-même ? Ce changement
de nationalité implique vraiment une sorte d'apostasie, un renoncement à la foi du Medhi.

dimanche 15 novembre 2009

Global Warming


La dictature de l’Idée

Paradis et fil barbelé.

Samizdata.net a publié il y a quelques jours un billet d’humeur apparemment anodin :

Ayant connu le joug communiste de première main, je fus surpris d’entendre en Angleterre des gens éduqués défendre le socialisme sans jamais se demander pourquoi ce « paradis » avait besoin de fil barbelé pour empêcher les gens de s’enfuir.

Cette petite piqûre de rappel à destination des thuriféraires des régimes communistes d’Europe de l’Est m’a remémoré une expérience personnelle à propos de laquelle je n’avais pas encore réagi.

Il y a quelques mois, l’hebdomadaire Marianne organisait à la Fnac de Lille une conférence sur la question de “la place des intellectuels dans la Cité“. Les invités présents étaient Sandra Laugier, prof de philosophie à l’université de Picardie, François Laruelle, professeur à l’université de Paris-X-Nanterre et le “modérateur” de Marianne (c’était son titre officiel), Philippe Petit, journaliste pour ce même hebdomadaire.

La star de cette rencontre, qui avait fait se déplacer les foules, Pierre-André Taguieff, s’était malheureusement fait excuser, étant resté au chevet de sa mère.

La première partie de la conférence (plus d’une heure) fut un ennuyeux dialogue de sourds, entre les deux invités, chacun des deux ne faisant que développer le thème de son ouvrage le plus récent, à savoir, la “droitisation” des intellectuels français pour Sandra Laugier (qui nous gratifia d’ailleurs d’une longue apologie du Rappel à l’ordre de Lindenberg), et le “Monsieur-Tout-le-Monde Philosophe” pour François Laruelle. Entre une Laugier franchement “alter“, un journaliste de Marianne et un professeur de philosophie qui eut la naïveté de dire qu’il était un ami de longue date du second, vous l’aurez compris, on était là entre amis, tous membres de l’armée du Bien, dans la plus pure tradition du pluralisme à la française.

Vient enfin la partie réservée aux questions du public. Le vieux monsieur assis à côté de moi, 75 ans bien tassés, demande le micro. J’avais déjà remarqué qu’il parlait avec un accent assez prononcé mais que je n’avais pu reconnaître :

Je voudrais demander à vos invités ce qu’ils pensent de ces intellectuels français qui ont en leur temps approuvé et défendu l’Empire stalinien, malgré le fait qu’ils aient été parfaitement informés de la réalité de la situation en Union soviétique. J’aimerais comprendre, moi qui ai vécu la Terreur stalinienne, terreur politique, psychologique et physique, physiologique même, comment ces intellectuels dont certains sont encore en vie aujourd’hui et parfois encore influents, ont pu en toute liberté défendre le système totalitaire le plus sanguinaire que le monde ait connu sans jamais être inquiétés ne serait-ce que dans leur carrière professionnelle.

Stupeur sur le podium ! Sandra Laugier reste bouche bée (littéralement), Philippe Petit nous lance un regard exorbité, seul F. Laruelle esquisse un sourire. Petit se tourne vers ses invités : « Bon, euh, qui se lance ? »

Sandra Laugier, encore sous le choc de cet attentat contre la bien-pensance, tente péniblement de nier l’existence de cette immunité qui protège les “compagnons de route” du Parti : “Je ne crois pas qu’on puisse dire que les intellectuels staliniens s’en sont sortis indemnes : ils ont presque tous changé de bord bien avant la chute de l’URSS et aucun intellectuel important ne se réclame du stalinisme aujourd’hui. Ils ont tous été contraints de modifier leur point de vue. Et puis, le stalinisme, ce fut quand même un aveuglement intellectuel assez particulier.

Réponse de notre septuagénaire : “Comme vous dites, s’ils ont changé de cheval, c’est contraints et forcés, et surtout pour ne pas avoir l’air ringard : que voulez-vous, le stalinisme sans Staline, ça manque d’allure, forcément. Mais contrairement à ce que vous dites, ce ne fut pas un aveuglement propre au stalinisme, d’une part parce que les staliniens se sont tournés vers d’autres idoles, tels Mao ou Pol-Pot et d’autre part parce que tout une nouvelle génération d’intellectuels n’ayant pas connu le stalinisme a fait de même. Ils ont simplement troqué le goulag pour le laogaï : ce n’est pas ce que j’appelle changer de bord. Et ce phénomène est toujours d’actualité : quand je vois des types comme José Bové ou Olivier Besancenot qui nous resservent les mêmes thèses trotskistes, staliniennes ou maoïstes et qu’on traite en quasi-Héros du Peuple, je suis scandalisé.

trio d'ordures

François Laruelle prend la parole, amusé : “Oui, enfin, José Bové n’est ni un leader philosophique, ni un intellectuel. Idem pour M. Besancenot. De vrais intellectuels clairement marxistes ou plus généralement communistes, il n’y en a plus tant que ça, et en tout cas, ils ne sont plus majoritaires en France. Et puis avec la prochaine entrée des pays de l’Est dans l’Union Européenne, le communisme ne risque pas de trouver beaucoup de défenseurs dans l’Europe politique de demain : vous devez le savoir mieux que moi.”

Et là, déclic, Philippe Petit sort de sa léthargie : “Et justement, que pensez-vous de ces pays d’Europe de l’Est qui ont appliqué les recettes néolibérales américaines ? Et la misère sociale qui s’en est suivi ? Doit-on passer d’un extrême à l’autre ? Regardez la corruption en Pologne. Regardez cette nouvelle traite des blanches, ces roumaines et ces hongroises qui se laissent choisir sur catalogue pour épouser un Européen de l’Ouest. C’est quand même bien dû à l’application du capitalisme le plus sauvage !

J’ai envie de bondir de ma chaise, mais le Vieux, nullement démonté, réplique : “Monsieur, vous n’êtes pas sans savoir que la corruption en Pologne ne date pas d’hier : c’était déjà un sujet de plaisanterie du temps de l’Union soviétique, même parmi les autres démocraties populaires. Quant à parler de misère sociale à propos des pays de l’Est tels qu’ils sont aujourd’hui, lorsqu’on a connu le système précédent, ce qui est mon cas, on ne peut que sourire. Je vous ferais d’ailleurs remarquer que les pays que vous citez, la Hongrie et la Roumanie, sont ceux qui ont le moins réformé. On peut donc naturellement regretter que des jeunes femmes se prêtent à ces pratiques, mais si elles le font, c’est vraisemblablement pour accéder à un capitalisme encore plus “sauvage” comme vous dites, à un statut meilleur que ce qui les attend dans leur pays : elles cherchent une vie meilleure. Et qui pourrait les en blâmer ? Un Occidental trop gâté, peut-être; moi, sûrement pas.

Boum.

Le modérateur, s’étant fait sévèrement modérer, cherche ses mots : “Mais, euh, tout de même, l’arrivée aussi brutale du capitalisme a l’Est a détruit le système de retraite et de santé. Sans parler des industries qui ont été bradées pour presque rien. Il y a quand même des aspects économiques qui étaient mieux avant, non ?

Mon voisin aux cheveux blancs commence à s’énerver : “Vous êtes victime de vos propres fantasmes. Tout ça, c’est du vent, c’est l’Opium des Intellectuels comme disait justement Raymond Aron. C’est faire passer l’Idée avant les faits. Mais pour l’homme de la rue, qui a connu les deux systèmes, la réalité, la Vérité, est beaucoup plus simple, et je vais vous la dire : le communisme, c’est ce qui fait qu’on attend deux heures sous la pluie pour s’entendre dire qu’il n’y a plus de pain. Le capitalisme, c’est ce qui fait que tout le monde a à bouffer et que même l’ouvrier a une bagnole ! Et ça n’a pas toujours été comme ca !

Re-Boum.
Silence gêné sur la scène.

Fichtre ! Je l’aurais embrassé le Vieux !

Quant à Philippe Petit, terrassé, il ne demande pas son reste. La conférence s’achève, je me tourne vers mon voisin pour le féliciter et, agréable surprise, une bonne dizaine de personnes s’approchent de lui pour faire de même. Nous discutons un peu, il me confie avoir été un proche d’Arthur Koestler qui, à l’instar de George Orwell dont il était l’ami et même le parent par alliance, était aux yeux du Parti un traître, un “renégat“. Il me raconte comment, à la suite de la publication du Zéro et l’infini, Koestler ne pouvait plus faire la moindre apparition publique en France sans voir débouler les gros bras de la CGT : “Car voyez-vous jeune homme, juridiquement, c’était plus sûr : des éléments violents de la CGT, ce n’est pas tout à fait pareil que des éléments violents du PCF. La CGT servait à ça à l’époque : c’était le bras armé du Parti.

le clown de CSP

Il poursuit, la mine sombre : “Vous êtes jeune, vous n’avez pas connu ça : vous ne pouvez pas imaginer la violence de ces gens là. Et on les entraînait pour ça, c’étaient de vraies milices. Maintenant, on ne dit plus comme ça; aujourd’hui, on dit “groupe paramilitaire”, mais c’était ça, c’était ça.

Je lui fais remarquer que les syndicats français, notamment la CGT, ne sont pas de grands pacifistes de nos jours non plus. D’autant plus qu’ils sont aiguillonnés par des intellectuels qui n’ont toujours pas fait pénitence de leur passé communiste. “Pas pénitence, me répond-il, ils n’ont pas fait le travail de deuil du communisme. Tant que ça ne sera pas fait, ils ne changeront pas.

Qu’on me dise que l’Ouest a vaincu l’Est, je veux bien. Mais dire que le triomphe du capitalisme nous met définitivement à l’abri du communisme, quelle blague ! Par définition, le communisme est le règne, ou plutôt, la dictature de l’Idée : les faits, la réalité, ça ne compte pas. Mais avant, il y avait au moins l’Union soviétique comme repoussoir, pour dénoncer le socialisme réel, pour freiner les communistes, et ça ne les freinait déjà pas beaucoup. Mais aujourd’hui, il n’y a même plus l’URSS pour les gêner : ils sont libres à nouveau de faire ce qu’ils veulent. La chute du Mur à libéré les peuples de l’Est, c’est vrai, mais elle a aussi libéré le communisme dans son essence la plus pure et la plus dangereuse : celle de l’Idée.

Je reste interdit, n’ayant jamais vu les choses sous cet angle auparavant.

Il termine : “C’est pour ça que lorsque je vois ces jeunes sots, ces trotskistes ou ces anti-mondialistes qui justifient la violence au nom de l’Idée, je me crois revenu 50 ans en arrière. Ils sont complètement désinhibés, et je sais à quoi ça peut mener. C’est pour ça – je vous le dis en toute honnêteté – c’est pour ça que lorsque je les vois, je suis terrifié.

Billet de Nighteye publié sur Pax Imperia

jeudi 12 novembre 2009

La schlague

Marxisme culturel et massue multicolore

Selon Melanie Phillips, journaliste anglaise du Daily Mail, nous avons été idiots de croire que la gauche révolutionnaire avait été ensevelie sous les décombres du Mur de Berlin : elle est toujours vivace, et nous sabote de l’intérieur.

Melanie Phillips révèle que l’agit-prop anti-raciste s’inscrit dans un programme plus général de subversion des valeurs de la culture occidentale. Voici son article fondamental, traduit et condensé par nos soins.

Il y a vingt ans, de jeunes Allemands enthousiastes mettaient à bas le Mur de Berlin. Cet épisode historique provoqua l’effondrement de l’Union Soviétique. Mais l’idéologie communiste elle-même ne disparut pas : elle se réincarna en un avatar plus dangereux encore pour la civilisation occidentale.

Subversive

Le communisme soviétique était un système de pensée qui ambitionnait de renverser les structures de la société par le contrôle de l’économie et de la politique. Après la chute du Mur de Berlin, il s’est transmuté en une idéologie néo-communiste dont le but – non moins ambitieux – est de renverser la société occidentale par une transformation subversive de sa culture.

C’est le « marxisme culturel ». La solidité d’une société repose sur ses fondations culturelles : les structures et les institutions de l’éducation, de la famille, du droit, des médias et de la religion. En sapant les principes véhiculés par ces institutions, vous pouvez faire s’effondrer l’édifice social tout entier !

Cette idée fondamentale est due à un philosophe marxiste italien dénommé Antonio Gramsci. Sa pensée a été adoptée et mise en œuvre par les soixante-huitards – qui constituent, bien sûr, la génération détentrice du pouvoir aujourd’hui en Occident.

Gramsci a compris que le prolétariat ne se soulèverait jamais pour conquérir les leviers de « la production, la distribution et l’échange » comme le communisme l’avait prédit. L’économie n’était pas le chemin qui menait à la révolution.

Par contre, il croyait que la société pouvait être détruite si les valeurs qui la sous-tendaient étaient inversées : si ses principes fondamentaux étaient remplacés par ceux de groupes considérés comme marginaux, ou qui transgressaient activement les codes moraux de cette société.

Il prôna donc une « longue marche à travers les institutions » pour capturer les citadelles de la culture et les transformer en ennemis intérieurs secrétant une drogue hallucinogène qui mettrait les valeurs fondamentales de la société sens dessus dessous et sens devant derrière.

Cette stratégie fut appliquée à la lettre. Le haut est devenu le bas. Le bien est devenu le mal. Le juste est devenu l’injuste. Et vice-versa.

La cellule familiale traditionnelle a éclaté. La « famille recomposée » ou la « tribu » est devenue la nouvelle norme.

L’éducation nationale a été démolie. Sa doctrine centrale, qui était de transmettre une culture aux générations successives, a été remplacée par une approche « centrée sur l’enfant » qui a fait se répandre l’illettrisme et l’ignorance, et a érodé la capacité à penser de manière indépendante.

Méfaits

La loi et l’ordre ont été pareillement ébranlés. Les criminels restent impunis parce qu’ils sont « victimes » de la société.

Le « droit-de-l’hommisme », souvent appelé « politiquement correct », a renversé toute notion de moralité en excusant tous les méfaits des groupes de « victimes » auto-désignées sous le prétexte fallacieux qu’ils n’étaient pas responsables de leurs actions.

Le féminisme et l’anti-racisme ont transformé chaque homme et chaque Blanc en un ennemi du genre humain, présumé coupable jusqu’à ce qu’il donne des gages de bien-pensance.

Ces idées ont conquis l’intelligentsia, les universités et les médias – et c’est pourquoi la télévision est institutionnellement biaisée en faveur du politiquement correct.

Totalitaire

Le plus terrifiant, c’est que ces idées forment une idéologie totalitaire qui étouffe systématiquement les contestations, comme à la bonne vieille époque du Politburo. Ainsi, ceux qui s’opposent à l’adoption des enfants par un duo d’homosexuel(le)s se font arrêter. Ceux qui s’opposent à l’immigration de masse se font traîner dans la boue et accuser de « racisme ».

Dans ce système de pensée, le nationalisme est la cause de tous les maux de la planète, précisément parce que les nations occidentales incarnaient les valeurs occidentales. D’où l’essor d’institutions ou de doctrines supra-nationales telles que l’Union Européenne, l’Organisation des Nations Unies, le droit international, ou la législation des droits de l’Homme, qui prennent le dessus sur les lois et les valeurs nationales.

L’inexorable renforcement de l’Union Européenne montre que la victoire sur l’un des deux régimes totalitaires en Europe – l’Union Soviétique – a été suivie de près par une capitulation en rase campagne devant l’autre.

En effet, la République Populaire de l’Euroland place la loyauté envers elle-même au-dessus de la loyauté envers les nations qui la composent et leurs valeurs. Elle a refusé de s’engager dans sa Constitution à préserver le christianisme, qui est pourtant le fondement de la morale occidentale.

À la place, elle milite pour un relativisme moral et culturel qui dresse les groupes les uns contre les autres. Elle donne le pouvoir suprême à des bureaucrates qui promulguent les règles de la « diversité » et punissent tous ceux dont le comportement est suspect.

Le Rideau de Fer a été remplacé par la Massue Multicolore que nos commissaires culturels font tournoyer avec dextérité pour pulvériser les attitudes « non conformes », et transformer la société occidentale en un univers post-chrétien et post-moral.

Lénine aurait été comblé.

Abus de langage

« Je m’insurge contre l’abus de langage par lequel, de plus en plus, on en vient à confondre le racisme et des attitudes normales, légitimes même, en tout cas inévitables. Le racisme est une doctrine qui prétend voir dans les caractères intellectuels et moraux attribués à un ensemble d'individus l'effet nécessaire d'un commun patrimoine génétique.
On ne saurait ranger sous la même rubrique, ou imputer automatiquement au même préjugé, l’attitude d’individus ou de groupes que leur fidélité à certaines valeurs rend partiellement ou totalement insensibles à d’autres valeurs. Il n’est nullement coupable de placer une manière de vivre et de la penser au-dessus de toutes les autres et d’éprouver peu d’attirance envers tels ou tels dont le genre de vie, respectable en lui-même, s’éloigne par trop de celui auquel on est traditionnellement attaché.
Cette incommunicabilité relative peut même représenter le prix à payer pour que les systèmes de valeurs de chaque famille spirituelle ou de chaque communauté se conservent, et trouvent dans leur propre fonds les ressources nécessaires à leur renouvellement.
Si comme je l'ai écrit ailleurs, il existe entre les sociétés humaines un certain optimum de diversité au-delà duquel elles ne sauraient aller, mais en dessous duquel elles ne peuvent non plus descendre sans danger, on doit reconnaître que cette diversité résulte pour une grande part du désir de chaque culture de s’opposer à celles qui l’environnent, de se distinguer d’elles, en un mot d’être soi : elles ne s’ignorent pas, s’empruntent à l’occasion, mais pour ne pas périr, il faut que, sous d’autres rapports, persiste entre elles une certaine imperméabilité. »

Claude Levi-Straus, Le regard éloigné, 1983.

dimanche 8 novembre 2009

Claude Levi-Strauss

Tristes tropiques

Extraits

"Sur le plan esthétique, le puritanisme islamique, renonçant à abolir la sensualité, s’est contenté de la réduire à ses formes mineures: parfums, dentelles, broderies et jardins. Sur le plan moral, on se heurte à la même équivoque d’une tolérance affichée en dépit d’un prosélytisme dont le caractère compulsif est évident. En fait, le contact des non-musulmans les angoisse. Leur genre de vie provincial se perpétue sous la menace d’autres genres de vie, plus libres et plus souples que le leur, et qui risquent de l’altérer par la seule contiguïté. Plutôt que parler de tolérance, il vaudrait mieux dire que cette tolérance, dans la mesure où elle existe, est une perpétuelle victoire sur eux-mêmes. En la préconisant, le Prophète les a placés dans une situation de crise permanente, qui résulte de la contradiction entre la portée universelle de la révélation et l’admission de la pluralité des fois religieuses. Il y a là une situation “paradoxale” au sens pavlovien, génératrice d’anxiété d’une part et de complaisance en soi-même de l’autre, puisqu’on se croit capable, grâce à l’Islam de surmonter un pareil conflit. En vain, d’ailleurs: comme le remarquait un jour devant moi un philosophe indien, les Musulmans tirent vanité de ce qu’ils professent la valeur universelle de grands principes: liberté, égalité, tolérance; et ils révoquent le crédit à quoi ils prétendent en affirmant du même jet qu’ils sont les seuls à les pratiquer.

(…) Tout l’Islam semble être, en effet, une méthode pour développer dans l’esprit des croyants des conflits insurmontables, quitte à les sauver par la suite en leur proposant des solutions d’une très grande (mais trop grande) simplicité. D’une main on les précipite, de l’autre on les retient au bord de l’abîme. Vous inquiétez-vous de la vertu de vos épouses ou de vos filles pendant que vous êtes en campagne? Rien de plus simple, voilez-les et cloîtrez-les. C’est ainsi qu’on en arrive au burkah moderne, semblable à un appareil orthopédique, avec sa coupe compliquée, ses guichets en passementerie pour la vision, ses boutons-pression et ses cordonnets, le lourd tissu dont il est fait pour s’adapter exactement aux contours du corps humain tout en le dissimulant aussi complètement que possible. Mais, de ce fait, la barrière du souci s’est seulement déplacée, puisque maintenant il suffira qu’on frôle votre femme pour vous déshonorer, et vous vous tourmenterez plus encore. (Pages 463-5)

(…) si un corps de garde pouvait être religieux, l’Islam paraîtrait sa religion idéale: stricte observance du règlement (prières cinq fois par jour , chacun exigeant 50 génuflexions), revues de détails et soins de propreté (les ablutions rituelles); promiscuité masculine dans la vie spirituelle comme dans l’accomplissement des fonctions organiques; et pas de femmes. (…) Grande religion qui se fonde moins sur l’évidence d’une révélation que sur l’impuissance à nouer des liens au-dehors. En face de la bienveillance universelle du bouddhisme, du désir chrétien du dialogue, l’intolérance musulmane adopte une forme inconsciente chez ceux qui s’en rendent coupables; car s’ils ne cherchent pas toujours, de façon brutale, à amener autrui à partager leur vérité, ils sont pourtant (et c’est plus grave) incapables de supporter l’existence d’autrui comme autrui. Le seul moyen pour eux de se mettre à l’abri du doute et de l’humiliation consiste dans une “néantisation” d’autrui, considéré comme témoin d’une autre foi et d’une autre conduite. La fraternité islamique est la converse d’une exclusive contre les infidèles qui ne peut pas s’avouer, puisque en se reconnaissant comme telle, elle équivaudrait à les reconnaître eux-mêmes comme existants. (Pages 466-7)

Ce malaise ressenti au voisinage de l’Islam, je n’en connais que trop les raisons: je retrouve en lui l’univers d’où je viens; l’Islam, c’est l’Occident de l’Orient. Plus précisément encore, il m’a fallu rencontrer l’Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd’hui la pensée française. Je pardonne mal au premier de me présenter notre image, de m’obliger à constater combien la France est en train de devenir musulmane. Chez les Musulmans comme chez nous, j’observe la même attitude livresque, le même esprit utopique, et cette conviction obstinée qu’il suffit de trancher les problèmes sur le papier pour en être débarrassé aussitôt. A l’abri d’un rationalisme juridique et formaliste, nous nous construisons pareillement une image du monde et de la société où toutes les difficultés sont justiciables d’une logique artificieuse, et nous ne nous rendons pas compte que l’univers ne se compose plus des objets dont nous parlons. Comme l’Islam est resté figé dans sa contemplation d’une société qui fut réelle il y a sept siècles, et pour trancher les problèmes de laquelle il conçut alors des solutions efficaces, nous n’arrivons plus à penser hors des cadres d’une époque révolue depuis un siècle et demi, qui fut celle où nous sûmes nous accorder à l’histoire; et encore trop brièvement, car Napoléon, ce Mahomet de l’Occident, a échoué là où a réussi l’autre. Parallèlement au monde islamique, la France de la Révolution subit le destin réservé aux révolutionnaires repentis, qui est de devenir les conservateurs nostalgiques de l’état des choses par rapport auquel ils se situèrent une fois dans le sens du mouvement. (Page 468)

Les hommes ont fait trois grandes tentatives religieuses pour se libérer de la persécution des morts, de la malfaisance de l’au-delà et des angoisses de la magie. Séparés par l’intervalle approximatif d’un demi-millénaire, ils ont conçu successivement le bouddhisme, le christianisme et l’Islam ; et il est frappant de marquer que chaque étape, loin de marquer un progrès sur la précédente, témoigne plutôt d’un recul. Il n’y a pas d’au-delà pour le bouddhisme ; (….) Cédant de nouveau à la peur, le christianisme rétablit l’autre monde, ses espoirs, ses menaces et son dernier jugement. Il ne reste plus à l’Islam qu’à lui enchaîner celui-ci : le monde temporel et le monde spirituel se trouvent rassemblés. L’ordre social se pare des prestiges de l’ordre surnaturel, la politique devient théologie. En fin de compte on a remplacé des esprits et des fantômes auxquels la superstition n’arrivait tout de même pas à donner la vie, par des maîtres déjà trop réels, auxquels on permet en surplus de monopoliser un au-delà qui ajoute son poids au poids déjà écrasant de l’ici-bas." (pages 471-2)

mercredi 4 novembre 2009